Thé au THCA : cette infusion britannique est-elle légale en France ?
Le thé au THCA infuse la matière brute du cannabis dans de l'eau chaude, sans jamais la chauffer assez pour la rendre psychoactive. Une marque britannique, TKO Lab, a construit toute son offre autour de ce principe : conserver le THCA dans sa forme acide, celle qui ne se fixe pas sur les récepteurs cérébraux du THC. Le procédé vise un public en quête d'une dégustation plutôt que d'un effet recherché, et il intrigue les amateurs de cannabinoïdes des deux côtés de la Manche. Son statut légal, en revanche, ne se lit pas de la même façon en France.
Que contient le thé au THCA vendu par TKO Lab ?
Le THCA, ou acide tétrahydrocannabinolique, correspond à la forme brute du THC telle qu'elle existe dans la plante fraîche. Un groupe carboxyle supplémentaire l'empêche de se fixer efficacement sur les récepteurs CB1 du cerveau, tant qu'aucune chaleur suffisante ne déclenche sa transformation. TKO Lab commercialise sa collection de thés au THCA, sur https://tkolab.co.uk/collections/thca-tea en l'occurrence, sous forme de hash pressé, avec des taux qui grimpent de 20 % pour la référence Afghan Pie jusqu'à 68 % pour la White Gold Melt. Chaque blend porte un nom de variété, dans une logique proche des marchands de hash traditionnels, et se prépare en sachet à infuser plutôt qu'en combustion. La marque insiste sur le caractère non psychoactif du produit, à condition de respecter les instructions imprimées sur l'emballage.
Pourquoi l'eau chaude ne convertit-elle pas le THCA en THC ?
La décarboxylation exige une température soutenue, généralement entre 110 et 150 degrés pendant plusieurs minutes. Une infusion classique plafonne, elle, autour de 90 à 100 degrés. L'écart suffit. Des travaux de l'Office fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) le confirment : moins de 1 % du THC contenu dans une préparation à base de chanvre passe réellement dans l'eau, et le THCA ne s'y convertit pas de façon notable. TKO Lab recommande un trempage court, quatre à cinq minutes, plutôt qu'une décoction prolongée à feu direct. Une préparation plus agressive romprait cet équilibre et ferait glisser le produit vers un usage psychoactif, hors du cadre annoncé par la marque.
Le cadre légal diffère-t-il entre le Royaume-Uni et la France ?
Au Royaume-Uni, TKO Lab s'appuie sur une lecture précise du Misuse of Drugs Act 1971 : le gouvernement britannique ne classe pas le THCA isolé parmi les substances contrôlées, tant que la matière première reste sous le seuil de 0,2 % de THC fixé pour le chanvre. La marque affirme aussi respecter les critères d'exemption prévus par le règlement MDR 2001, et dit travailler depuis près de deux ans avec Robert Jappie, « solicitor » spécialisé en droit du cannabis, ainsi qu'avec des « barristers » dédiés à cette législation. Elle déconseille en revanche formellement son thé aux sportifs soumis à des contrôles antidopage : les cannabinoïdes, dont le THC, restent prohibés en compétition dans la catégorie S8 de l'Agence mondiale antidopage, et TKO Lab préfère écarter tout risque plutôt que de laisser planer un doute.
La France applique une grille différente. La décision de l'ANSM du 22 mai 2024, modifiée le 3 juin, a classé plusieurs cannabinoïdes de synthèse comme stupéfiants (HHCPO, THCP, H4-CBD, H2-CBD) mais elle exclut explicitement le THCA de ce classement, à condition que sa teneur en THC, une fois convertie, reste sous le seuil de 0,3 % prévu par l'arrêté du 30 décembre 2021. Le HHC, lui, avait déjà basculé du côté des stupéfiants dès le 13 juin 2023, par une décision distincte. Un extrait ou un isolat de THCA qui dépasserait ce seuil relèverait en revanche d'un régime nettement plus strict. Un lecteur basé en Suisse ou en France gagne donc à vérifier la règlementation locale avant de commander sur un site britannique, la conformité outre-Manche ne valant pas garantie ailleurs.
Le thé au THCA table sur une nuance chimique précise, celle qui sépare une molécule acide d'un cannabinoïde psychoactif. Cette nuance ne suffit pourtant pas à harmoniser les législations d'un pays à l'autre. Avant de céder à la curiosité, mieux vaut lire la règlementation de son propre pays plutôt que l'étiquette d'un produit importé.